Alors que les copeaux de bois servent à aromatiser le vin au cours de son élaboration, l’emploi de la futaille – initialement pour le transport – oxygène le vin pour mieux l’aguerrir et accessoirement le parfume en fonction de la chauffe des douelles…

Alors que le bois représente l’inhérence des eaux-de-vie comme le whisky, le cognac, l’armagnac ou le rhum, il n’est qu’une étape secondaire dans l’élaboration finale du vin. Son origine est d’ailleurs fondamentale pour les spiritueux.
Aujourd’hui, qu’il soit sélectionné pour le vin ou les eaux-de-vie, le bois de chêne emporte globalement tous les suffrages auprès des tonneliers. D’autres types de bois ont bien entendu été essayés et employés, toutefois, la durabilité, l’étanchéité et la "neutralité aromatique" du chêne congédie les autres types.

La trame et la composition du chêne (45% de cellulose, 25% de lignine, 22% d’hemicellulose et 8% de tanins) sont en quelque sorte les peaufineurs     .

La lignine supprime les notes végétales tout en ajoutant des caractéristiques de vanille alors que l’hemicellulose confère au whiskey les sucres du bois qu’on identifie vulgairement comme des notes de caramel. Ainsi, lorsque le bois est brûlé les arômes de vanille, d’épices, de moka, de pain grillé, de noix de coco et de fumé sont « enfermés » dans le bois et prêts à être extraits par un distillat. 
Alors que le chêne américain Quercus alba est préféré pour les eaux-de-vie de céréales, les chênes français Quercus petraea et Quercus robur. Le chêne français a neuf fois plus de tanins que le chêne américain, donnant un profil de saveur plus épicé et moins gourmand. Les producteurs utilisent ensuite encore d’autres types de chêne, comme le chêne mongol et japonais dans des produits expérimentaux, mais ceux-ci ne sont pas destinés à devenir la norme en raison de l’offre et du coût de ces types de bois. 
Mais à vrai dire, même le chêne blanc américain est de plus en plus difficile à trouver, car la demande accrue de bourbon contribue à la pénurie de fûts, mais le manque de bois de qualité est encore plus à pointer du doigt. 
La plupart des chênes utilisés pour les fûts de bourbon proviennent des régions forestières des Ozarks et des Appalaches. Ici, de fortes pluies peuvent empêcher les équipes de bûcherons de pénétrer dans les pépinières, tandis que des hivers très rudes, des vents violents et des tornades, régulières dans ces régions, ruinent la chance qu’un arbre devienne un jour un fût de bourbon. 
Lors de la sélection du chêne à utiliser pour les fûts de bourbon, les bûcherons analysent un arbre pour en détecter d’éventuels défauts. Des noeuds, des branches cassés, des troncs tordus et une écorce non alignée indiquent que les minéraux et l’eau ont été redirigés pour compenser les imperfections de l’arbre. Si un arbre perd une branche lors d’une tempête, il redirige son énergie pour compenser le membre perdu. Les tonneliers ont besoin d’environ 1,20 à 2m entre les noeuds dans le bois pour fabriquer un tonneau de 180 à 200l et un tronc comptant de dix à douze anneaux de croissance tous les 3cm. 

À l’époque, les bûcherons coupaient tous les arbres qu’ils voulaient pour fabriquer des tonneaux. Ce caractère aléatoire a donné des fûts qui fuyaient avec du bois parfois trop mou ou trop dur. Aujourd’hui, les bûcherons ont une approche plus scientifique et recherchent des chênes âgés de soixante à soixante-quinze ans, car c’est l’âge où un chêne atteint son pic au niveau de sa capacité de pratiquer la photosynthèse, comparé à des arbres plus âgés dont les nutriments ralentissent également. L’intérieur cicatrisé d’un arbre « défectueux » ou plus âgé produit moins de sucres nécessaires pour donner au bourbon ses riches saveurs de vanille et de caramel.

Les troncs idéaux pour les fûts de bourbon sont bien évidemment également recherchés par les fabricants de meubles haut de gamme. Mais les merranderies des États-Unis, qui passent des contrats avec des propriétaires terriens privés pour trouver du bon bois pour la construction de fûts et convertir des merrains en douelles, sont prêts à payer une prime pour s’assurer qu’un arbre soit utilisé pour un fût de bourbon plutôt que la création d’un dressing haut de gamme.
Une fois que le mérandier a transformé les merrains en douelles d’environ 5 à 10 cm de large et 90 cm de long, lui ou la tonnellerie stocke ces douelles à l’extérieur pour un processus appelé assaisonnement.
Lors de l’assaisonnement du bois à l’air, celui-ci repose en piles de douelles  et il se dégrade lentement en raison de l’activité microbienne qui se nourrit du bois alors que l’eau de pluie, la neige et les éléments naturels en lessivent les tannins. 
De manière générale, on peut partir que l’assaisonnement du bois ramènera d’avantage de complexité au whiskey ou au bourbon, en fonction de la durée de cette période. 

Des douelles sont produites quotidiennement pour des distilleries comme Jim Beam ou Jack Daniel’s. Elles sont assaisonnés pendant une durée de six mois avant d’être montées en fûts. Pour des produits plus haut de gamme comme pour les bourbons de chez Woodford Reserve, l’assaisonnement dure neuf mois. Dans certains cas, le bois pour certaines marques peut avoir séché jusque’à trois ans.

Une fois séchées, les douelles transformées sont cuites à la vapeur, assemblées à la main sous forme de tonneaux, qui sont ensuite bousiné (toasté) ou brûlé. 
Généralement, grandes marques utilisent soit une chauffe de type 3, qui est obtenu en utilisant environ 45 secondes de flamme directe et constante, soit une chauffe de type 4, qui représente 55 secondes de brûlage constant. 
À mesure que le whiskey vieillit dans le fût, environ 3 à 5% par an sont perdus par évaporation à cause du climat du Kentucky: la fameuse part des anges. L’alcool étant plus fin que l’eau, il s’évapore donc plus facilement à travers le bois.  
Malheureusement, en plus de ça, si le bois a une déchirure microscopique dû à la coupe à la tronçonneuse, un ver qui le perce, ou un pivert ayant profondément martelé dans le bois avec son bec, la douelle peut avoir des trous microscopiques non détectés lors des tests en tonnellerie et le whiskey s’égouttera lentement du bois. 
Parfois, les sucres du bois parviennent à contenir la fuite, formant une sorte de goudron qui bouche la fuite et quand cela ne suffit pas, l’un des métiers les plus paisible d’une distillerie consiste à être "chasseur de fuites". Ce dernier porte un petit marteau avec un bord tranchant pour gratter le bois, des chevilles de cèdre et un burin pour insérer ces chevilles assez profondément dans la douelle fuyante et ainsi arrêter l’hémorragie. 

Théoriquement, plus d’oxygène pénètre dans un fût qui fuit et plus le taux d’évaporation augmente, allant de 3 à 5% jusqu’à plus de 15% si la fuite n’est pas réparée. Dans l’ensemble, les fûts qui fuient ne fuient pas suffisamment longtemps pour changer de saveur, bien qu’il y ait un seuil théorique où une fois assez de fuites, la surface d’échange entre le bois et l’alcool varie suffisamment pour affecter le goût du produit. 
Mais ça c’est la théorie.

Le mot tonneau vient du celtique tonn qui désigne la peau, mais aussi un sac en cuir. Pour contenir et transporter divers liquides, en effet, on s’est longtemps servi d’outres en cuir, y compris dans le monde méditerranéen, grec et romain, où pourtant abondaient les jarres, les dolia et les amphores en terre cuite.L’évangile de Matthieu (9, 17) dit bien qu’il ne faut pas placer de vin nouveau dans de vieilles outres afin de ne pas les faire éclater. Le mot outre vient d’ailleurs lui-même du latin uterus, le ventre, preuve de la fréquence de l’objet dans l’Empire romain.Chez les Celtes, l’outre était à l’origine l’unique moyen de transporter les liquides : l’eau, le lait, la cervoise. Avant l’invention du tonneau, le vin grec ou romain, transporté dans des dolia ou des amphores embarquées sur les navires qui remontaient le Rhône, était transvasé dans des outres afin de traverser le rebord oriental du Massif Central et de parvenir jusqu’en Auvergne ou dans le Jura.Celles-ci étaient beaucoup moins fragiles et moins lourdes que les contenants de terre cuite et pouvaient être chargées sur les animaux de bât sans se rompre. Leur usage se maintient encore en Afrique, mais a quasiment disparu des rives méditerranéenes et du Moyen-Orient où il a longtemps survécu là où le bois était rare…UN CONTENANT LÉGERLe tonneau est léger par rapport à son contenu : environ 200 grammes par litre de vin, ce qui est un peu plus qu’une outre mais beaucoup moins que le kilo de terre cuite ou plus d’une amphore. Il présente l’avantage d’être encore plus maniable que l’outre, surtout si celle-ci est constituée de la peau d’un boeuf et qu’elle contient jusqu’à 500 litres de vin. Un seul homme peut le rouler, même lorsqu’il est plein, l’élever ou l’abaisser vers un navire ou un chariot grâce à un plan incliné, alors qu’une outre est une lourde masse inerte qui réclame plusieurs porteurs et risque de se percer en cas de fausse manoeuvre.
Les dolia, très fragiles, étaient intransportables lorsqu’elles étaient pleines et, vides, réclamaient de nombreux porteurs. Elles étaient le plus souvent posées à demeure dans les celliers ou les navires, parfois enterrées comme elles le sont encore dans le sud caucasien, en Géorgie ou en Arménie. Ajoutons que les tonneaux sont faciles à superposer sans risque de casse, à la différence des amphores.JUSTE DU BOIS ET DU FERDerrière son apparente rusticité, un fût représente un petit prodige de technique puisque, selon le savoir-faire traditionnel, n’entrent dans sa composition aucune colle ni aucun clou et que son étanchéité résulte de la seule habileté de l’artisan qui fend le bois, taille les douelles et les assemble en force, puis les cintre par le feu et les cercle de bois souple ou de métal, parfois les deux, pour les maintenir assemblées. Le liquide que l’on y place fait le reste en gonflant le bois. Il est également facile à vider sans effort grâce au trou de broquereau percé sur l’un des fonds et qui permet le soutirage par gravité.Le trou de bonde, quant à lui, percé sur le flanc bombé, permet le remplissage et l’ouillage régulier. Peu d’objets aussi improbables et complexes, dont le mode de fabrication n’a pas changé depuis deux millénaires, nous entourent aujourd’hui. Quelques infimes détails ont évolué, comme le choix du bois permettant d’obtenir la meilleure complicité avec le vin. Bien entendu, des machines ont permis d’automatiser les opérations les plus pénibles, telles que le cintrage et le serrage qui s’effectuaient auparavant avec un bâtissoir à vis et à corde et exigeaient une force herculéenne. Certains outils retrouvés dans des fouilles ou figurés sur les stèles funéraires de tonneliers, comme celle du musée d’Uzès par exemple, existent encore à l’identique aujourd’hui.
Les anciens Grecs ignoraient le tonneau. Contrairement à la légende, c’est dans une grande jarre (pithos) que le philosophe cynique Diogène de Sinope avait choisi de dormir et de narguer ses contemporains. La technique de la boissellerie (l’art de fabriquer des boisseaux, récipients cylindriques en morceaux de bois assemblés, des cuves de foulage du raisin, par exemple) est cependant attestée chez les Étrusques dès le VIe siècle avant Jésus-Christ (tombe du jongleur de Tarquinia), mais elle se limite à fabriquer des récipients ouverts.Elle s’est surtout développée plus tard dans les Alpes où le bois est abondant. Les montagnards, à la fois agriculteurs et éleveurs, ont besoin de récipients nombreux destinés à la traite du lait, à sa fermentation, à son formage dans des moules (forma en latin) et à son égouttage avant l’affinage permettant la longue conservation, le transport et la commercialisation du produit estival de leurs troupeaux. UN SAVOIR-FAIRE GAULOISLa boissellerie est une technique fort ancienne et très répandue dans les pays forestiers permettant de confectionner des cuveaux de formats divers, en douelles cerclées de bois souple, plus tard de métal, et destinés à contenir des grains, de l’eau, du lait, des liquides variés, etc. Il en existe bien des formes ailleurs dans le monde et dans tous les types de bois, le Japon, par exemple, ayant poussé fort loin le perfectionnement de cette technique en lien avec le thermalisme (baquets disponibles dans les onsen, ces merveilleux bains chauds collectifs) ou la fabrication du saké.À l’époque de la conquête de la Gaule par César, les Romains n’utilisent pas encore de tonneaux pour transporter le vin, mais uniquement des amphores. En revanche, les Gaulois savent les fabriquer et s’en servent pour la cervoise, alors qu’ils achètent le vin dont ils raffolent en amphores. César raconte dans La Guerre des Gaules (VIII, 42) que les habitants d’Uxellodunum, dans le Quercy, envoient rouler sur les assaillants romains des tonneaux (cupa) enflammés remplis de graisse, de poix (mélange mou et collant, à base de résines et de goudrons végétaux, obtenu par distillation) et de copeaux. Habile, mais insuffisant pour résister au talent militaire de Jules César ! Après sa victoire, Rome adopte peu à peu le nouveau récipient du peuple conquis au détriment des amphores.De nombreux tonneaux antiques ont été retrouvés par les archéologues car ils étaient réutilisés après usage comme cuvelages de puits et l’humidité a conservé le bois. Beaucoup proviennent des axes fluviaux le long desquels circulait le vin, en particulier les vallées du Rhône et de ses affluents (voir ci-dessus la stèle de Cabrières-d’Aigues représentant le halage d’un bateau chargé de tonneaux le long de la Durance, conservée au musée Calvet d’Avignon), du Rhin et du Danube abondamment approvisionnées en vin.Les plus anciens vestiges datent du Ier siècle avant J.-C. et ils sont de plus en plus nombreux à mesure que l’on s’avance vers le Bas-Empire et que la viticulture s’étend, tant le vin est populaire. On en fabrique de toutes tailles, du tonnelet de 24 cm (un exemplaire retrouvé à Grenoble) à des foudres de plus de 2 mètres de hauteur, comme celui de Saalburg, dans le Taunus allemand, pouvant contenir environ 1 500 litres ou ceux qui sont figurés sur le navire sculpté du musée de Trèves.Dans sa Géographie (V, 12), Strabon s’étonne des foudres qu’il découvre en Gaule cisalpine au début de notre ère et qui sont « plus grands que des maisons ». Il ajoute que « la facilité qu’on a de les enduire d’une couche épaisse de poix contribue à bonifier et à conserver le vin ». Vous avez bien lu : bonifier ! Autres temps, autres dilections? C’est une pratique qui se maintient encore en Grèce, même si elle est en déclin, tant la saveur de la résine présente dans le retsina à l’ancienne est difficile à accepter par les papilles de nos contemporains. L’ESSOR DU TONNEAU AU MOYEN ÂGELa région lyonnaise est l’un des principaux foyers de la tonnellerie de l’Empire romain, comme le démontre l’abondance des outils retrouvés dans les fouilles archéologiques, en particulier des herminettes ou des fers destinés à frapper à chaud la marque du tonnelier sur le fond des barriques. Il est probable aussi que Lyon a été un port de commerce du vin arrivant du Midi en dolia par bateau sur le Rhône, celui-ci étant transvasé dans des tonneaux avant d’être acheminé dans le reste des Gaules jusqu’aux confins de l’Empire.Les essences utilisées sont des plus diverses, mais, à l’époque, on n’hésite pas à se servir de bois de résineux (mélèze, épicéa, sapin) qui sont légers, faciles à fendre et à façonner. La saveur qu’ils pouvaient conférer au vin n’entraînait aucune gêne, puisque l’intérieur des barriques était enduit de poix et le vin additionné de plâtre, de miel, d’eau de mer, d’herbes diverses. Le chêne, plus robuste, s’impose au Bas-Empire ; sa domination ne cessera plus jusqu’à aujourd’hui. Les cerclages, quant à eux, sont réalisés en branches souples fendues en deux de noisetier, de saule, de peuplier, de châtaignier, ligaturés avec de l’osier. Les tonneaux sont alors si répandus et si liés au vin que leur forme est imitée pour façonner des pichets de taverne en terre cuite ou en verre, les fameux barillets frontiniens, communs dans toute la Gaule.Plus tard, sans que l’on sache vraiment pourquoi, on cesse de réutiliser les barriques usagées comme cuvelages de puits, mais l’art de la tonnellerie ne disparaît pas avec les grandes invasions et la chute de l’Empire. Il se maintient en lien avec les îlots viticoles liés aux monastères et aux sièges épiscopaux. Il connaît un nouvel essor dans toute l’Europe à partir de l’an mil, moment où les plantations de vignes se multiplient du sud au nord, retour à la paix, tiédeur du climat et fervent christianisme aidant. Dans toutes les villes et tous les villages viticoles, les tonneliers prospèrent et constituent de puissantes corporations.Lorsque Guillaume le Conquérant part à la conquête de l’Angleterre en 1066, il embarque avec lui un foudre sur roues rempli de vin, représenté sur la tapisserie de Bayeux, comme il en existait à l’époque romaine.En Occident, les dolia et les amphores, devenues rares, disparaissent définitivement à la chute de l’Empire et le tonneau devient le contenant exclusif du vin depuis sa fermentation jusqu’à son transport, y compris sur mer. D’innombrables barriques sont chargées chaque automne sur des navires dans tous les ports de l’Atlantique à destination de l’Europe du nord. Le vin de Bordeaux étanchera la soif des Anglais depuis le Moyen Âge jusqu’à la fin du XIXe siècle. Ce sont, par exemple, 100 000 barriques qui quittent le port de la Lune à l’automne 1308.DE BORDEAUX À LONDRESLa découverte de la protection du vin par la combustion de soufre dans les tonneaux est une invention hollandaise dont on trouve mention pour la première fois à Bordeaux en 1765 (Dutch Match). Elle est liée au souci des négociants des Chartrons de transporter les vins au loin sans risque de fermentations secondaires et de maladies d’origine bactérienne. La technique se répand très vite dans tous les vignobles de qualité de l’Europe.Elle a pour effet de permettre une conservation plus longue des vins dans leurs contenants de bois, au-delà de la vendange suivante, ce qui ne se produisait jamais auparavant, sauf exception rarissime, comme en témoigne le tonneau perpétuel des Hospices de Strasbourg qui contient encore aujourd’hui du vin datant de 1472, mais qui est, bien entendu, régulièrement ouillé. De la découverte néerlandaise résulte une véritable révolution viti-vinicole.`De clairets, voire blancs de raisins rouges, les vins résultant de cuvaisons plus longues deviennent donc rubis ou grenat lorsqu’ils sont élaborés exclusivement avec des cépages rouges. Leurs tanins, déjà vifs au départ, sont renforcés par ceux de la barrique, puis s’assouplissent grâce à l’oeuvre du temps et à la lente oxygénation que permet le bois. C’est à la même époque que les Anglais et les Flamands découvrent le procédé permettant de souffler des bouteilles en verre noir épais, ainsi que leur bouchage en liège importé d’Espagne et du Portugal.L’immense avantage est de pouvoir fractionner le contenu d’un tonneau mis en perce, sans qu’il soit nécessaire de le boire aussitôt. Quelque 300 bouteilles, par exemple, sont tirées d’une barrique classique bordelaise ou d’un fût bourguignon.UN FOUDRE GÉANT D’UN MILLION DE LITRESLa révolution de la qualité est accomplie : c’est au tournant du XVIIIe et du XIXe siècle que l’on découvre les vertus du vieillissement prolongé en bouteille qui transfigure des vins austères en nectars sublimes et que se révèle bien mieux qu’auparavant la hiérarchie des terroirs. Appliqué aux vins blancs très acides que produit la Champagne au XVIIe siècle, du fait des rigueurs climatiques du Petit âge glaciaire, il permettra aussi l’invention par les Anglais qui l’importent via le port de Rouen de la prise de mousse obtenue par addition de sucre de canne dans les chais du négoce londonien.Les mesures de capacité diffèrent dans toute l’Europe, d’une région à l’autre. En France, l’unification par le système métrique n’interviendra qu’au milieu du XIXe siècle, toutes les tentatives antérieures ayant échoué.C’est ce qui explique les centaines de formes (plus ou moins allongées, plus ou moins rondes) et de contenances des tonneaux portant des noms différents, un même nom recouvrant parfois des récipients de capacités différentes d’une région à l’autre : le baril, la barrique (31 variantes, dont le modèle bordelais qui contient 225 litres, soit 50 gallons impériaux anglais), le boisseau, la botte, la charge, la comporte, le demi, la feuillette (8 variantes), le foudre, le fût (228 litres en Bourgogne, mais 350 à Cognac), le muid (30 variantes allant de 137 à 685 litres), la pièce, la pipe, le poinçon, le quartaut, la queue, le setier, le tierçon, sans oublier le tonneau proprement dit qui est de très grande contenance (plus de 900 litres à Bordeaux et à La Rochelle, par exemple).On construira même des tonneaux géants. Les plus célèbres sont ceux du château de Heidelberg (195 000 litres), inauguré en 1664 et surmonté d’une piste de danse, et du château de Ludwigsburg, datant de 1719 et contenant 543 000 litres. Pour l’Exposition universelle de 1889, Eugène Mercier commande un foudre de 160 000 litres, aujourd’hui exposé dans les caves de la maison de Champagne à Épernay. 150 chênes sont nécessaires à sa confection. Il est tiré sur un char par douze paires de boeufs blancs pendant trois semaines, ce qui assure une belle publicité à la marque.Mercier rachète des maisons qui bordent la route et les fait raser pour permettre le passage du convoi, de même que des pavillons d’octroi à l’entrée de Paris. Le foudre sculpté est, avec la Tour Eiffel, le clou de l’Exposition. Mais le record est détenu par la maison Byrrh, à Thuir, dans les Pyrénées-Orientales. La contenance de son foudre construit entre 1935 et 1950 est d’un million de litres !L’ART DE LA PATIENCENotons au passage l’impressionnant savoir-faire des tonneliers qui, sans moule, obtiennent des contenances exactes à partir des seuls gestes manuels qu’ils ont appris à maîtriser. Un certain nombre de modèles ont aujourd’hui disparu, mais les tonneliers répondent à la demande des vignerons et exécutent des commandes ne correspondant à aucune tradition de contenance. Les exigences des bons vinificateurs dans les crus réputés vont croissant.Certains vont jusqu’à choisir eux-mêmes des chênes d’un ou deux siècles dans les forêts les plus prestigieuses (Tronçais en Bourbonnais, Bertranges dans la Nièvre, Darney dans les Vosges, Bercé dans le Maine, Limousin, etc.) qu’ils paient aux merrandiers entre 400 et 800 euros par mètre cube, jusqu’à 1 000 euros pour une provenance de Tronçais, favorite du domaine de la Romanée-Conti, par exemple. Près de deux ans de séchage s’imposent ensuite.Chez les orfèvres de la tonnellerie (Taransaud à Cognac et à Beaune, membre du groupe Chêne & Cie d’Henri de Pracomtal, Seguin-Moreau, né à Cognac et désormais implanté à Bordeaux, en Bourgogne et aux États-Unis, François Frères, dont le siège est à Saint-Romain en Bourgogne, devenu numéro un mondial, avec un millier d’employés, etc.), les plus beaux tonneaux bordelais ou bourguignons atteignent aisément 1 000 à 1500 euros, ce qui représente de 5 à 7 euros par litre de vin.Bien entendu, si le vigneron n’utilise qu’une moitié ou un tiers de bois neuf dans son chai, cela diminue d’autant l’investissement. Il est vrai que lorsque certains vins atteignent eux aussi, en primeur, le millier d’euros la bouteille de 75 cl, l’incidence est presque négligeable? Un très bon tonneau confère aux grands vins que l’on y élève un supplément d’âme, mais seuls le discernement et l’expérience du vigneron permettent de souligner et exhausser les qualités du cru sans les brouiller, voire les masquer.À côté de ces Rolls, il est aussi possible de se procurer des fûts moins onéreux, fabriqués en chêne américain, par exemple. Pour peu qu’ils aient été généreusement toastés, leur influence sur les parfums et les saveurs du vin est facilement reconnaissable : vanille, pain grillé, amandes et noisettes torréfiées, tabac, épices, voire cacao, caramel et même café. Cela plaît aux consommateurs débutants et dissimule certains défauts du vin, en premier lieu le manque de finesse. Certains négociants ou vignerons ajoutent même des copeaux ou de la fine sciure de chêne aux médiocres vins qu’ils mettent en marché. Les Américains ont longtemps été friands de ces jus de planche et le célèbre critique Robert Parker les a encensés une grande partie de sa carrière. Le goût des Américains pour le coca-cola, le ketchup, les viandes cuites au barbecue et les plats tex mex n’y est sans doute pas étranger. Heureusement, la mode change. Les domaines du Bordelais, du Languedoc, de Toscane (super-toscans), de la Rioja, de Catalogne, d’Afrique-du-sud, du Chili, d’Argentine, d’Australie, qui avaient été conquis par ce style, l’abandonnent.Il est aussi des vignerons qui se refusent à introduire le moindre bois dans leurs chais, de manière à conserver la pureté du fruit. C’est, par exemple, la philosophie d’Henry Marionnet, en Touraine, pour toute sa gamme de vins, partagée par de nombreux producteurs de blancs : muscadet, sancerre, alsace, provence, etc.Pour finir, il est surprenant de voir aujourd’hui, un certain nombre de vignerons, surtout méditerranéens et quelque peu sensibles à la mode new age, préférer l’élevage du vin en cuves ovoïdes de terre cuite ou de béton, voire d’acier, qui, selon eux et certains oenologues qui les conseillent, seraient plus aptes que les tonneaux à l’élaboration de vins de qualité, en raison des courants spontanés au sein du liquide mettant en mouvement les lies. Dont acte ! À quand le retour des amphores poissées ?LA TONNELLERIE FRANÇAISE CHAMPIONNE DU MONDE !L’année 2017 est encore un bon millésime pour les entreprises de tonnellerie de l’Hexagone. Tout particulièrement à l’export qui a absorbé près de 68 % des volumes produits (plus de 600 000 fûts) et plus de 70 % des 429 millions d’euros réalisés par la filière. ?Les États-Unis restent le premier pays destinataire pour nos fûts ?et barriques, devant l’Espagne et l’Australie.La tonnellerie témoigne d’une longue tradition en France : la trace des premières corporations de maîtres tonneliers et Compagnons du devoir se retrouve dès le IXe siècle. À l’aube des années 1970, l’engouement pour ?le vieillissement des vins en fûts neufs marque un tournant pour ?la profession.Depuis quelques années, un autre mouvement prend de l’ampleur : l’attrait pour les grands contenants qui séduisent aussi bien les vignerons et producteurs de vin français qu’internationaux.

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