Surprenant ce titre ? Surprenant parce que les préjugés ont la vie dure ? Et pourtant… Même l’histoire de ce mariage est ancien. Après de nombreux essais, et de variétés d’huîtres, et de variétés de vins blancs dits moelleux, voici un petit dossier sur le sujet démontrant que cette harmonie n’est pas si saugrenue que cela et qu’elle est même succulente.

Je sais bien qu’un Muscadet, un Entre-Deux-Mers, un Sancerre, un Chablis, un Champagne, un blanc sec d’Alsace, du Jura, de Savoie, du Canada, de Suisse, de Belgique, d’Allemagne ou d’Autriche et bien d’autres contrées viticoles encore sont de délicieux amants avec les huîtres, quelle que soit leur origine et leur variété. 
Toutefois, accordons-nous sur le fait que le flirt est essentiellement axé sur la fraîcheur, le côté iodé, frais, rafraichissant, celui qui ouvre l’appétit, qui réveille les papilles.
Et l’on s’attend toujours à ce que le sommelier offre ces types de vins avec les huîtres, n’est-ce pas ? 
Et si l’un d’eux osait un Sauternes ?
Pardon. Vous avez dit Sauternes ? 
Sauternes comme doré, parfumé, gras, moelleux, onctueux, sucré ! 
Vous plaisantez cher ami, vous devez faire erreur. Revoyez vos classiques. 
Bang ! Le mot est lâché : classique.
Classique comme… prudent, facile, garant, fiable, réconfortant.
Pourtant, saviez-vous qu’au 18 ème siècle déjà, à Bordeaux, l’aristocratie locale consomme

Je ne les énumèrerai pas tous, mais selon leur caractéristique propre, invitez donc à votre table d’huîtres ces vins au sucre délicat que sont les Cadillac, Sauternes, Loupiac, Barsac, Sainte Croix du Mont, Graves Supérieures, Premières Côtes de Bordeaux, Côtes de Bordeaux Saint Macaire, Cérons, Sainte Foy Bordeaux, Bordeaux Supérieur, Vouvray, Saumur, Jurançon, Arbois, Vin Jaune, Tokaj, Vino Santo, Vin de glace, Xérès, etc… 
Tous sont très différents, toutefois, tous ont un point commun (celui qui est censé déranger l’accord avec notre bivalve), un taux de sucre élevé.
Né d’un oubli !
Qu’elles soient hongroise ou bordelaise, les deux légendes de la création du vin blanc moelleux, grâce au botrytis, ont deux points communs : ils sont nés à cause d’un oubli 
on le consommait déjà avec du poisson, et sur les bords de la Dordogne et de la Garonne, et sur les bords du Danube à l’époque de la Renaissance. 
La rivière Tisza, qui borde l’appellation Tokaji, est aujourd’hui l’une des plus renommées dans le monde par les pêcheurs (malgré les catastrophes écologiques qu’elle a subies depuis 20 ans).

On dit que le tokaj-aszú serait né au milieu du xviie siècle grâce à une princesse hongroise Zsuzsanna Lórántffy, épouse du prince György Ier Rákóczi. Les vendanges furent retardées à cause de la présence de l?armée turque mais lorsque celle-ci s?éloigna, la princesse ordonna de récolter et de presser les raisins couverts de pourriture noble. De cette décision prise de manière hâtive, ressortit un vin d?un goût exceptionnel. Or, en Sauternais, une légende de l?incapacité ou plutôt de l?oubli presque identique à celle-ci, apparût à peu près deux siècles plus tard. Les vendanges tardives et la pourriture noble auraient été découvertes fortuitement à Yquem à l’automne 1847. Le marquis de Lur Saluces retardé en Russie, ne décida de lancer la récolte qu?à son retour à la fin de l?automne alors que le raisin se trouvait envahi par le Botrytis cinerea. De ce choix fait là encore dans l?urgence, ressortit un merveilleux liquoreux. Certes nous sommes dans le domaine de l?imaginaire, du mythe mais cela atteste de phénomènes communs, que seule une comparaison peut faire émerger.

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